Photos : 1. Ruth - 2. Richard - 3. Vie de famille chez Ruth - 4. Les devoirs chez Ruth - 5 et 6. La maison de Richard

Une vie de confiné aux Philippines

Philippines - Avril 2020

Nous sommes tous impactés par la crise sanitaire actuelle et le confinement mais les conditions à travers le monde ne sont pas toutes les mêmes. Nous avons choisi de vous partager le quotidien de nos bénéficiaires en cette période.

Comme en France, le gouvernement philippin a pris des mesures et les habitants sont en quarantaine à leur domicile.

Ruth et Richard, deux de nos bénéficiaires qui font face à la crise du COVID-19, ont acceptés de répondre à quelques questions.

Ruth est habitante de la zone de relogement de Sacme (Tanauan) et est vendeuse de poisson séché. Richard habite lui dans la zone de Cavité et a 3 enfants.

Ils nous ont confié leurs sentiments sur cette situation inédite et nous ont partagé quelques images de leur quotidien.

Plus que jamais la solidarité entre confinés, même à l'autre bout du monde est importante !

Eau et Vie : Comment vous et votre famille vous sentez vous pendant cette période ? Comment faites-vous face ?

Ruth : Ma famille et moi essayons de rester calmes face à cette situation comme si c'était un jour normal. C'est une situation réelle, nous devons juste y faire face car nous ne pouvons rien y changer. Pour être des citoyens responsables en cette période de crise, nous restons à la maison en appliquant les bonnes pratiques d'hygiène, en particulier le lavage des mains, comme nous l'avons appris lors des séances d'hygiène d’Eau et Vie. Quand je sors pour vendre du poisson séché, je porte toujours un masque et des gants. Nous appliquons également la distanciation sociale avec mes clients. Pour faire face à nos besoins quotidiens de base et avoir un revenu complémentaire, mes frères et sœurs m'aident en vendant du halo-halo (dessert philippin) et des viandes grillées. Jusqu'à présent, seule l'unité gouvernementale locale du Barangay nous a distribué des produits de secours qui sont plutôt de la nourriture. Mais nous ne comptons pas sur le soutien du gouvernement, car nous savons que c’est limité. Nous devons gagner notre vie pour survivre dans cette pandémie.

Richard : La situation est très difficile pour nous, d'autant plus que nous n'avons ni argent ni économies pour survivre à ce confinement. Nous sommes très inquiets face à cette crise, il est difficile de comprendre comment nous allons survivre. Pour l'instant, nous ne mangeons que des nouilles et des sardines. Nous craignons de ne pas avoir assez de stock pour toute la période de quarantaine. Et si les stocks ne suffisent pas ? Et si nous ne pouvons plus nous permettre d'acheter de la nourriture ? Il est vraiment difficile de dire ce que nous allons devenir.



Eau et Vie : Comment se déroulent vos journées ?

Ruth : Lorsque je ne me déplace pas pour vendre du poisson séché, je reste à la maison avec ma famille, tout en "gardant" mes neveux et nièces. Nous regardons la télévision et mangeons ensemble. Après un mois de confinement, les enfants s'ennuient à présent. En plus de faire les tâches ménagères, je m’occupe aussi des devoirs de mes neveux et nièces qui sont à l'école primaire et qui ont des cours en ligne mandatés par le ministère de l'éducation. Mon père est chauffeur de voiture de secours et travaille quotidiennement à l'unité gouvernementale locale. Nous avons un couvre-feu à l'intérieur du quartier, à 20 heures précises, tout le monde doit déjà être rentrés à la maison. Les policiers se déplacent en permanence dans la communauté, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Richard : Nous restons à la maison en raison de la quarantaine, nous ne sortons pas sauf si c'est vraiment nécessaire ou si nous devons nous porter volontaires comme gardiens dans notre communauté.



Eau et Vie : Qu'est-ce que la situation a changé pour vous personnellement ?

Ruth : Grâce a la quarantaine, nous avons réalisé que la famille est importante et que passer du temps de qualité tous ensemble est primordial. Nous commençons maintenant à mieux nous comprendre, même si nous sommes différents - nous développons de meilleures relations entre les membres de la famille. Nous avons également réalisé que les choses matérielles n'ont pas d'importance en cette période, et nous avons appris à être plus humbles.

Richard : Avant, nous ne nous inquiétions pas du tout. Avant, nous n'avions aucun problème pour payer nos dettes. Avant, nous ne nous préoccupions pas de ce que nous allions manger. Aujourd'hui, nous nous demandons comment nous pourrons continuer et survivre à cette crise. Pouvons-nous survivre à cette crise ?



Eau et Vie : Ressentez-vous des changements dans le bidonville/communauté (calme, anxiété, solidarité etc.) ?

Ruth : Pendant la première semaine de confinement, il y avait encore des enfants qui jouaient et nageaient dans les rivières. Les responsables du barangay se sont adressés aux parents, ont redonné les consignes et peu à peu les règles ont été suivies. La solidarité existe dans la communauté, les volontaires d’Eau et Vie, les agents de santé et les responsables du barangay s'entraident pour surveiller et contrôler les points d’entrée et de sortie du quartier. Heureusement, il n'y a pas eu d'incidents négatifs dans la communauté.

Richard : Non, il est très difficile de rester calme dans cette situation car nous avons toujours l'anxiété de savoir si cette situation va bientôt se terminer et si nous pourrons survivre à cette quarantaine. Oui, nous sommes très inquiets. Nous espérons que cela va bientôt se terminer pour mettre fin aux inquiétudes que nous ressentons. Il est difficile pour nous d’être soigné si on est malade. Nous ne voulons donc pas être infectés, c'est pourquoi nous devons suivre les règles mises en œuvre pendant cette quarantaine. Nous sommes reconnaissants au gouvernement d’avoir pris des mesures pour limiter l’infection mais nous réalisons également que l'aide du gouvernement ne sera pas suffisante et que nous devons faire quelque chose pour apaiser nos inquiétudes.



Continuer à leur fournir un accès à l'eau gratuitement est un geste fort et vital pour eux, nous ne pouvions pas les laisser avec cette inquiétude supplémentaire de ne plus avoir accès à l'eau. Vous aussi, vous pouvez les aider en contribuant à notre fonds d'urgence.